On ne vote pas comme on choisit un paquet de lessive !
Et voila, c’est reparti. A l’approche du second tour, toutes les méthodes sont bonnes pour inciter les abstentionnistes à franchir le pas comme cette campagne relayée par Guy Birenbaum sur son tout nouveau blog (que je conseille au passage). Parce que vous comprenez, « L’abstentionnisme est un fléau« . Si certains tentent bien de comprendre ou d’expliquer cette tendance, je ne vois pas grand monde s’interroger sur le 2ème effet Kiss Cool de leur appel au vote.
C’est jeudi dernier que cette réflexion a commencé à mûrir dans ma tête. Même si je savais déjà pour qui j’allais voter, j’étais curieux de me rendre à la rencontre publique de Laurent Hénart à Metz. Je comptais aller aussi à celle de Jean-Pierre Masseret le lendemain, j’ai très vite changé d’avis suite à cette expérience.
Récit d’une soirée qui m’a mis mal à l’aise
Je commençais à désespérer, oui parce que le quart d’heure académique là bas n’était pas de 15 minutes mais de 40. Soudain, la musique change, la foule se lève, applaudit, scande le prénom « Laurent ». Un choix judicieux cette salle Braun de Metz. Il s’agit bien ici d’un spectacle : la musique a fait place à la politique, les ados boutonneux aux pro-UMP, Johnny Hallyday à Laurent Hénart.
Face à la foule en délire, l’équipe de Laurent Hénart passe à tour de rôle. Chacun prend le micro pour jouer la composition qu’il a rédigée avec plus ou mieux de talent. Les refrains ont été remplacés par des slogans, des phrases choc.
Des slogans lobotomisants…
En ce lieu, nulle pédagogie. Le temps manque donc il est uniquement question de dire à la foule rassemblée ce qu’elle devra faire, dire et répéter autour d’elle. Oh, pas un long discours, des phrases choc. Qu’elles soient justes ou bancales n’a que peu d’importance, personne dans l’audience n’ira vérifier ce qui est dit, car ce qui est dit est parole d’évangile.
Vous n’avez pas suivi la campagne ? Alors voter n’est pas une évidence !
Toutes ces personnes qui claironnent à tout va l’importance d’aller voter ne veulent pas voir la réalité en face ! Si la démarche consiste à donner quelques slogans qui relèvent plus du marketing que de la politique, alors, je préfère encore que ces cibles votent blanc. Oui, parce que la politique ne doit pas être prise à la légère, il faut s’y intéresser, passer du temps à lire, à écouter les débats (plutôt que ces réunions publiques propagandistes). Oui, le choix lors d’un vote ne doit pas se réduire au choix que l’on ferait d’un paquet de lessive en fonction des publicités qui nous submergent.
Une partie de la solution
Bien sûr, nous ne changerons pas les choses du jour au lendemain. Mais dans un contexte où la tendance est plutôt à donner les outils aux citoyens de demain pour qu’ils aient un esprit critique (démarche scientifique à l’école, compétences TIC, recherche documentaire, validation de l’information, etc.), il est navrant de voir combien la politique est en retard. En incitant nos proches à aller voter à coup de slogan, en quoi leur donnons-nous envie de s’intéresser à la politique ? Lorsque nous n’arrivons pas à admettre à une personne d’un autre parti politique les points de désaccord que nous avons avec le nôtre, comment pouvons-nous être crédible ? La pédagogie amène à l’auto-critique car en expliquant, de façon argumentée et non dogmatique son opinion, on permet à l’autre de l’analyser, de la critiquer de façon constructive. On s’enrichit mutuellement.
Et dans l’urgence du 2ème tour
Si vous n’avez pas encore pris le temps de regarder de plus près les candidats aux régionales, consultez les débats. Ils seront probablement disponible sur le site internet de France 3. Pour la Lorraine, une petite heure sera suffisante pour visionner le débat disponible en ligne ici, sur le site officiel de France 3 (le débat en tant que tel, commence vers la 3ème minute de la vidéo). Ici, la confrontation s’est faite de manière respectueuse, pas de ton méprisant comme j’ai pu l’entendre jeudi dernier. Cela n’a pas empêché le débat, admirablement mené par le journaliste Dominique Duforest, de permettre aux trois candidats d’expliquer leurs divergences (curieusement peu nombreuses d’ailleurs). Il est donc encore temps de vous informer pour ce vote soit bien le votre.
Votez donc, mais non sans savoir pour qui et pourquoi.
NB : aux pro-UMP qui auraient pu se perdre sur cette page, vous l’aurez compris, si je ne me suis pas rendu à la rencontre publique de Jean-Pierre Masseret vendredi, c’est justement parce que le problème que je soulève dans ce billet est général et non lié uniquement à l’UMP.






