Je pense ou je subis

Le blog d'un citoyen attentif

Le problème n’est pas d’aller ou non voter !

mars14

Et voila, une fois de plus avec les élections régionales, les traditionnels refrains usés se refont entendre : « Il faut aller voter ! Des gens sont morts pour que nous ayons ce droit ! »1 ou encore « Il faut aller voter ! Tous les pays n’ont pas cette chance ! ».

En voila un bel exemple de malhonnêteté intellectuelle. Qui peut oser prétendre qu’il va voter pour ceux qui se sont battus pour ce droits ? Ceux qui l’affirment, ceux-là m’interpellent autant que les abstentionnistes.

Afin d’éviter que l’on me fasse de faux procès, je précise de suite : je vote, j’estime que chacun devrait faire cette démarche. Mais inciter les autres à le faire pour des raisons purement historiques visant à les culpabiliser ne résoudra en rien le problème. Pire, la psychologie montre que forcer aboutit en général à l’effet inverse : la résistance.

Le vote blanc

On ne vote pas pour défendre le droit acquis, on vote pour exprimer une opinion, on vote pour user de son poids dans les choix de société. C’est en affirmant cette évidence que l’on découvre alors le vrai problème. Discutez avec les gens autour de vous qui ne votent pas ou plus. Vous entendrez alors les mêmes leitmotiv : « de toute façon, les politiques sont tous les mêmes« , « ils ne tiennent jamais leurs promesses« , « cela ne sert à rien« .

Les dogmatiques du vote répondront alors à ces critiques en leur disant d’aller voter blanc. « Aaaah ! Parce que voter blanc, au moins, c’est voter » vous comprenez. Sauf que l’on vote pour s’exprimer, pour que notre opinion ait une certaine résonance. En votant pour quelqu’un ou pour une liste, notre vote apparait bien dans les pourcentages. En votant blanc, notre bulletin est un coup d’épée dans l’eau tandis que l’abstention, elle, est prise en compte. Pourquoi est-il si difficile de légiférer pour la prise en compte des votes blancs ? Ce serait déjà une première partie de la solution, la plus simple.

L’intérêt, la curiosité

L’autre pendant  du problème réside dans l’intérêt, ou plutôt le désintérêt, de plus en plus général pour la société. Nous nous intéressons de moins en moins aux choix politiques, sociaux, aux rôles que joue chacune de nos institutions. Nous lisons de moins en moins la presse. Pourtant, nous râlons, sans trop comprendre à qui nous devons nous en prendre. L’exemple qui me vient immédiatement à l’esprit est celui du referendum sur l’Europe en 2005. Je revois encore ces images de français défendant le « non » pour des raisons qui relevaient de responsabilités nationales et non européennes.

Alors, mesdames et messieurs qui souhaitaient tout autant que moi que l’abstention se réduise, cessez de faire des leçons d’histoire, retirez vos œillères et incitez plutôt les personnes qui vous entourent à s’informer, à s’intéresser à notre société, à faire preuve d’un peu plus de curiosité. Faites preuve de pédagogie pour essayer de montrer les différences entre les différents parties qui, si elles sont évidentes dans la théorie, le sont parfois beaucoup moins dans la pratique. Alors seulement, le vote ne sera plus seulement un droit, il sera devenu une démarche évidente.

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  1. Notez au passage la magnifique antithèse « il faut » / « ce droit » qui montre le caractère bancal de l’argumentaire. []

classé dans Politique

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6 commentaires à

“Le problème n’est pas d’aller ou non voter !”

  1. Le 14 mars 2010 à 19:16 jcdr a dit :

    « Qui peut oser prétendre qu’il va voter pour ceux qui se sont battus pour ce droits ?  »
    MOI !

  2. Le 14 mars 2010 à 19:19 Cyrille a dit :

    Je m’attendais à cette réponse :-)
    2ème question : est-ce ta motivation première ?

  3. Le 14 mars 2010 à 23:12 MédiaMetzAge a dit :

    Nous sommes d’accord sur le fond.
    Je n’avais pas apprécié le terme malhonnêteté intellectuelle … car j’ai usé de cet argument en toute honnêteté et je pense qu’il a une certaine pertinence.
    Une pertinence morale (qui en effet peut avoir un effet négatif lié à un certain moralisme paternaliste)
    Une pertinence pragmatique: être obligé ou se sentir obligé de voter, cela oblige à s’intéresser au discours politique.
    Je n’exonère pas les politiques de leurs responsabilités (je m’inclus dans ce « camp »,  j’essaie très modestement d’y faire changer les choses); mais il ne faut pas non plus exonérer nos concitoyens : un grand nombre (pas tous c’est certain) condamnent les politiques sans savoir et sans chercher à savoir.
    2ième question: non, bien sur personnellement ce n’est pas ma motivation première :-)
     

  4. Le 14 mars 2010 à 23:18 MédiaMetzAge a dit :

    Au fait, je viens de lire les raisons qui t’ont pousser à arrêter ce blog. Ma petite expérience m’incite à penser que les gens que l’on convainc en écrivant ne sont pas ceux qui commentent, mais ceux qui passent timidement sans laisser de trace … ce sont les plus nombreux.
    Si des gens comme toi abandonnent … l’abstention  poursuivra, les cyniques gagneront (voilà que je me remets à faire de la morale !!)

  5. Le 14 mars 2010 à 23:46 Jérémy a dit :

    Dommage que je n’ai pas lu ce billet avant d’écrire le mien.
    Je ne suis pas d’accord sur l’aspect peser sur la société. Puisqu’on va élire des structures sans réel pouvoir ni argent. Ou de manière très (trop) limitée.
    Philippe Leroy disait ce soir que cette élection régionale serait sans doute la dernière. Je dois dire que je partage cet espoir…même s’il est sans doute quelque peu anticipé…

  6. Le 15 mars 2010 à 19:40 Cyrille a dit :

    @MédiaMetzAge J’ai peut-être mal employé le terme « malhonnêteté intellectuelle ». En fait, je critique ceux qui mettent en avant cette raison et uniquement cette raison. Pourquoi ? Parce qu’en inversant les choses, cela reviendrait à dire que si personne n’était mort, si ce droit avait été acquis sans se battre, alors, ces mêmes personnes n’iraient pas voter. Je n’y crois pas…

    Concernant mon blog, les raisons qui vont faire arrêter sont plus complexes et nombreuses. Peut-être aurons-nous l’occasion d’en discuter durant un rassemblement de blogueurs lorrains ;-)

    @Jérémy Le poids des régions n’est certainement pas à la hauteur de ce que l’on souhaiterait, faute de moyens accordés en même temps que l’État transférait des compétences. Mais ne pas voter pour cette raison ne me semble pas justifié : à partir du moment où la Région a des compétences et un budget, pourquoi ne pas voter pour choisir ce pourquoi ce (faible) budget va servir.

    Concernant la remarque de Philippe Leroy, je ne suis pas forcément pour concernant les départements et les régions. Mais là où il convient de s’interroger est le fait que le budget du CG57 est supérieur à celui de la Région Lorraine !

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